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Clairy-Saulchoix se compose comme son nom l'indique de Clairy et de son annexe, le hameau du Saulchoix, situé à 3 km du village. Son emplacement au bord d'un plateau dominant la voie normale de passage d'Amiens vers Rouen le prédestinait à avoir un château fort assurant la surveillance de cette liaison. Sous sa protection vinrent s'agglomérer tout naturellement les habitants de Clairy.

Le premier seigneur de Clairy dont le souvenir soit parvenu jusqu'à nous se nomme Raoul de Fort-Clairy ; vivant au commencement du VIIème siècle, sa grande vertu lui avait attiré la considération de tous. Il fonda l'église Saint Nicolas, toujours ainsi nommée, mais dont malheureusement il ne reste rien.

Au IXème siècle, les incursions des normands furent pour Clairy et ses environs un véritable désastre. Au Moyen Age, la puissante maison des seigneurs de Picquigny possédait de nombreux biens à Clairy acquis auprès d'Evrard de Fouilloy, Evêque d'Amiens qui fut probablement obligé de vendre lorsqu'il entreprit de bâtir la Cathédrale au début du XIIème siècle. Par ailleurs, Gérard de Picquigny, mort en 1198 avait donné plusieurs fermes de Clairy à l'Abbaye du Gard. Au mois de juin 1377, le Chapitre d'Amiens racheta une partie de Clairy à Enguerrand de Cröy.

Au XVème siècle, une époque terrible fut l'invasion de la Picardie par Charles le Téméraire, le sang coule à flots et la terreur était partout. Le 4 mars 1470, les troupes du Duc de Bourgogne prirent Clairy, rançonnèrent le village et brûlèrent le château. Le 25 février 1595, les espagnols s'emparèrent du village d'où ils pouvaient surveiller l'espace au loin. Ils y firent un long séjour qui ne cessa qu'après la reprise d'Amiens par Henri IV.

C'est à la fin du XVIème siècle, que la maison de Picquigny s'allie à la famille de Crequy. Le dernier seigneur de Clairy fut Charles de Crequy, Comte de Clairy, devenu veuf en 1615, cet ancien maître de camp d'un régiment d'infanterie, père de huit enfants, se retira au mois de juillet 1623 dans la Congrégation des Prêtres de l'Oratoire. Mêlé aux intrigues politiques de son temps, sa terre de Clairy fut ruinée et dégradée par ordre de la Cour et le château abattu avec toutes ses dépendances. Ainsi disparaissait le manoir féodal de Clairy qui n'avait pas été sans gloire durant le Moyen Age.

C'est donc au Saulchoix que se trouve maintenant le château de la commune. Edifié de style Louis XIII, bâti sous Louis XIV en 1679, c'est également au Saulchoix que fut découvert en 1842 un menhir qui fut érigé en 1864 en calvaire, aujourd'hui appelé le calvaire Saint Vast, nom de l'ancien cimetière. 

Jusqu'en 1785 y étaient enterrés les morts des communes de Clairy-Saulchoix, Creuse, Pissy et Guignemicourt avant que chaque village ne crée son propre cimetière, le plus souvent autour de son église.


Le texte suivant relate l’érection de la croix sur le menhir au calvaire Saint Vast, particularité notable de notre village, il reprend le témoignage intégral et originel laissé par M. l’abbé A. Normand sur ce dimanche 9 octobre 1864…

 

ERECTION D’UNE CROIX

 

SUR UNE PIERRE DRUIDIQUE

 

DANS LA PAROISSE DE CLAIRY-SAULCHOIX
(CANTON DE MOLLIENS VIDAME)

 

 

 

Le dimanche 9 octobre, la paroisse de Clairy a vu s’accomplir l’une de ces pieuses et imposantes cérémonies qui font époque dans les annales d’une localité, et y laissent d’impérissables souvenirs. Si, d’ordinaire, au sein de nos populations catholiques, une plantation de croix offre le même caractère, on peut dire que celle qui eut lieu ici, présente un cachet tout particulier de grandeur et d’originalité. Entre Clairy et le château du Saulchoix qui en dépend, existe une assez vaste portion de terrain qui, avant 1785, servait de cimetière aux paroisses de Guimicourt, Pissy, Revelles et Clairy-Creuse ; mais, à dater de cette époque, ce cimetière qui portait le nom de Saint-Vast fut supprimé. De longues années s’étaient écoulées depuis cette suppression, et les cœurs vraiment chrétiens souffraient de ne pas rencontrer, dans ce lieu béni, un signe qui rappelât qu’ici dormaient plusieurs générations dans l’attente de la résurrection. Les choses en étaient là, quand Dieu permit que le château du Saulchoix-Clairy tombât dans les mains d’un homme à la foi vive et ardente, au cœur noble et généreux : j’ai nommé le bon M. de Gillés. Du moment où il devint possesseur de l’antique manoir, il conçut la pensée d’ériger un monument sur l’emplacement même de l’ancien cimetière Saint-Vast. Un jour qu’il faisait creuser la terre à certaine distance de son château, il trouva un menhir (pierre druidique), parfaitement conservé, et aussi remarquable par sa forme que ses vastes proportions. Soudain une idée le frappe, c’est de faire dresser ce dolmen sur le terrain du vieux cimetière Saint-Vast et de le couronner d’une croix ; il était sur le point de réaliser cette idée pieusement originale, quand la mort, ou plutôt le ciel, le ravit à sa famille et à ses nombreux amis. Héritier de son nom et de ses vertus, son fils aîné, M. Arthur de Gillès, regarde comme un legs sacré l’accomplissement des intentions paternelles ; pour lui c’est une question de foi et d’honneur : aussi s’empresse-t-il de mettre à exécution le projet du noble défunt, et c’est dimanche 9 octobre que se fit, avec une pompe extraordinaire, la bénédiction de ce monument qu’on peut dire unique en son genre dans notre Picardie.

 

            Deux heure viennent de sonner, c’est le moment où doit commencer la cérémonie ; alors vous eussiez vu arriver dans la vaste cour du château, lieu du rendez-vous, les processions de Clairy, de Creuse, de Guimicourt, de Pissy et de Revelles. Tous se rangent en ordre devant le seuil de la chapelle. Un membre du haut clergé donne la bénédiction du Saint-Sacrement, puis on entonne le Vexilla regis, et à l’instant les masses s’ébranlent et s’acheminent, aux chants des pieux cantiques, vers le monument qui attend les bénédictions de l’Eglise. Ces cinq processions confondues n’en forment plus qu’une seule, vaste, immense, qui s’étend sur une longueur d’un kilomètre. Elle s’avance au milieu du recueillement le plus parfait, entre deux lignes de pommiers verdoyants. Rien n’était beau comme ces cent cinquante oriflammes flottants dans les airs et portées par de petites filles vêtues de blanc ; comme ces cent cinquante bannières et cierges de confréries laissant voir leurs rubans et leurs fleurs aux mille couleurs. Le brancard qui servait de lit triomphal à l’image du Christ attirait surtout les regards par sa forme élégante et sa pittoresque ornementation ; un semis de croix de Jérusalem rouges, se détachaient sur fond blanc, produisait un grand effet. Douze hommes qui se relevaient à un moment donné, se trouvaient heureux et fiers de porter sur leurs épaules ce précieux fardeau. Les cordons d’honneur étaient tenus par M. Arthur de Gillès, maire de Clairy, et par M. Philippe de Gillès ; par M. Julien de Thieulloy , chevalier du Saint-Sépulcre, et M. le comte Edmond de Thieulloy ; par M. le baron du Passage et M. Octave de Rouvroy ; par M. le marquis de Pissy et M. le marquis de Landreville. Deux groupes de petits enfants à la physionomie douce et angélique précédaient et suivaient le brancard ; trois d’entr’eux portaient des clous sur un riche coussin de soie rehaussé d’or et d’argent. Un nombreux clergé fermait la marche ; parmi les ecclésiastiques, on remarquait M. l’abbé Morel, vicaire-général, qui présidait la cérémonie, M. le curé, archiprêtre de la Cathédrale, M. l’abbé Leboulenger, membre du Chapitre ; le vénérable P. Guidé qui, malgré son grand âge, avait voulu par sa présence dans cette solennité, donner à la famille une preuve nouvelle de sa haute estime et de son attachement. On remarquait encore l’abbé de Guillebon, vicaire de Notre-Dame, et le R.P. Chapiron, professeur de rhétorique à l’Ecole libre la Providence, qui dans un instant allait électriser tous les cœurs par sa parole de feu. La compagnie des sapeurs-pompiers de Clairy était là aussi, en uniforme, moins pour rétablir l’ordre qui ne fut pas troublé, que pour servir de garde d’honneur au divin Roi. Derrière le Clergé, on voyait avec attendrissement plusieurs membres de la famille du pieux défunt à qui revenait l’initiative de cette fête imposante. Déjà l’espace est franchi ; on est au moment le plus solennel. La pierre druidique est là qui enfonce sa base granitique dans les entrailles de la terre et qui sert de socle à une croix de fer formée de deux branches torses imitant les branches de chêne, et montrant à leurs extrémités trois glands d’or feuillés[1]. Au bas de cette croix est scellée une plaque de cuivre où l’on a gravé l’inscription suivante :

 

 

CALVAIRE DE SAINT VAST ERIGE LE 9 OCTOBRE 1864

SUR CE MONUMENT DRUIDIQUE TROUVE NON LOIN D’ICI EN 1842,

ET POUR RAPPELER LE CIMETIERE SAINT-VAST

OU FURENT ENTERRES JUSQUES EN L’ANNEE 1785

LES DEFUNTS DES PAROISSES DE CLAIRY, CREUSE, REVELLES,

PISSY, GUIMICOURT.

R.I.P.

 

           

            Sur la partie intérieure du dolmen, on avait eu l’idée de faire figurer deux faucilles d’or posées en sautoir et une hachette celtique accompagnées de quelques touffes de gui ; on sentait tout de suite qu’une main intelligente avait passé par là. La pensée était vraiment heureuse d’avoir mis ainsi en présence, à l’aide des signes, le christianisme et le paganisme. On voyait symbolisé d’une manière saisissante le triomphe du vrai Dieu sur les divinités antiques. Il y avait là un thème magnifique et fécond pour l’orateur ; aussi, il ne lui fut pas difficile de s’élever à la plus haute éloquence. Il commenta d’une manière admirable ces belles paroles de nos livres saints : quand je m’élèverai de terre, j’attirerai tout à moi ; esquissa à grands traits les merveilles enfantées par la croix, la montrant comme source de la Foi, de l’Espérance et de l’Amour. Il fut sublime quand, nous transportant tout à coup en esprit dans une des sombres forêts de la Gaule, il s’écria : « Qui sait ? mes frères, peut-être à cette même place où se dresse aujourd’hui la croix de mon Dieu ; peut-être sur cette même pierre vingt fois séculaire, a-t-on immolé des victimes humaines. Le sang de ces malheureuses victimes était inutile ; mais le sang de la victime innocente et pure qui coula sur la croix, fut d’un prix infini et sauva le monde. » Et soudain, évoquant toutes les générations couchées depuis des siècles dans ce champ de la mort qui s’étend en face de sa chaire improvisée, il fait briller à leurs yeux le signe consolant de la croix, comme le gage le plus assuré de la félicité éternelle. Apercevant écrites en lettres d’or sur l’une des faces du brancard ces paroles : In oeternum non commovebitur, qui sont la devise des Gillès, il sut, après les avoir merveilleusement adaptées à la croix, les appliquer à cette noble heure, le P. Chapiron sut tenir ses deux mille auditeurs sous le charme de sa parole vive, ardente et imagée. Après cette brillante improvisation, M. le vicaire général procède à la bénédiction de la croix ; puis on entend retentir doucement dans les airs de pieux cantiques, chantés par des voix limpides et pures avec accompagnement ; le piano était tenu par le baron Alphonse de Lépine, dont le talent est si goûté. Avant de quitter le pieux monument, et comme pour payer un dernier tribut à la mémoire des défunts dont cette croix a fait revivre le souvenir, une voix puissante et belle entonne le De profondis. La prière pour les morts terminée, on s’en retourne en chantant le Te Deum. Chaque procession se sépare alors et reprend le sentier qui conduit à son église. Tous se retirent en silence dans la joie calme du recueillement, et l’âme pénétrée d’émotions. Puisse cette touchante cérémonie du 9 octobre, qui est comme un écho lointain de la grande fête de sainte Theudosie, attirer sur ceux qui en ont été les heureux témoins, les grâces d’en haut ! Puisse le bon Dieu bénir cette respectable famille qu’on est toujours sûr de rencontrer la première sur les sentiers de la religion et de l’honneur ; mais surtout, bénir son noble chef, si regretté et si digne de l’être, dont la dépouille mortelle repose sous les dalles de la chapelle du château, dans la paix du Seigneur et dans l’espérance du dernier jour !

 

L’abbé A. Normand

 



 
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